Montségur/Lauzon - Crevasses de Chantemerle

 

Date : 27/11/2014
Difficulté :  Modérée
Accompagnateur : G. Thouard
Coordonnées UTM :
Participants : 14
Départ : 31T  0647759 4915085
Longueur : 15,6 km Pique Nique :
Dénivelée : 450 m Autres :
Carte IGN TOP 25 n° : 3039 ET
Position par rapport à Buis-les-Baronnies :  54 km O

 

Commentaires techniques :

 Néant.

Compte-rendu :

 Connaissez-vous le Tricastin ? Que dites-vous, la centrale ? Ah bon, rien d'autre ! Près de Saint-Paul-Trois-Châteaux, on trouve pourtant de beaux villages, Clansayes, La Garde-Adhémar, Valaurie, Roussas et d'autres encore parmi lesquels Montségur-Sur-Lauzon, cela ne vous dit rien ? Georges, à l'approche de l'hiver, a décidé de nous emmener là-bas, non loin de ses terres de l'Enclave des Papes, pour nous faire changer de l'air des Baronnies et du Ventoux. C'est une bonne initiative à laquelle seulement 14 Randouveziens se sont ralliés. Il est vrai que le temps de ces derniers jours n'est pas très engageant pour les paresseux ! Nous allons donc braver les éléments et nous confronter à ce temps maussade... Que dis-je ? Il fait très beau lorsque nous arrivons au rendez-vous près de la Chapelle des Bas-Barquets, l'une des cinq chapelles de Montségur. Certes, nous avons un peu les pieds dans l'eau en descendant de nos véhicules car les fossés alimentés par des sources en surproduction débordent. Mais il n'est pas besoin de cirés ni de cuissardes et rien n'arrêtera les compagnons de notre meneur Georges « The Sailorman », marin occasionnel, que certains nomment aussi « le né pas laid » ???
D'abord, un regard sur cette charmante chapelle du XIème siècle, de style roman, qui fut restaurée en 1710 et dotée alors d'un clocher, dont le portail en arc légèrement brisé (roman tardif), surmonté d'un larmier (pour éviter le ruissellement de la pluie), est remarquable par son décor en ligne brisée. Dédiée à Notre-Dame de Pitié, elle était appelée autrefois Notre-Dame des Baïsses, c'est-à-dire Notre-Dame d'En-Bas. Sur la façade on remarque encore l'emplacement d'armoiries martelées à la Révolution pour faire disparaître ce symbole aristocratique. La parenthèse culturelle terminée, dirigeons-nous vers le Chemin du Lèbre, parallèle au Ruisseau de Saint-Chande. Le sentier aux pierres glissantes se coule au milieu d'une végétation méditerranéenne où les feuillus sont toutefois très présents. Jalonné de stations de pompage datant du XIXème siècle, semblables à de gros sarcophages, il nous mène au Pont du Martinet, un ancien aqueduc datant de 1852 aux moellons recouverts de mousse et de lierre qui enjambe le ruisseau tout proche : un petit crochet nous permet de passer sous l'arche qui subsiste. Inutile de dire que notre incorrigible Virginie se fait un devoir d'escalader l'ouvrage... Il faut que jeunesse se passe !
Après un passage sur des prairies inondées, notre déambulation va maintenant nous conduire de sentier en piste d'exploitation sur ce plateau d'où l'on distingue au loin les nombreuses éoliennes installées sur un territoire où elles peuvent recevoir la douce caresse de leur maître (Eole, bien évidemment !). Non, vous n'êtes pas d'accord : vous préférez le Mistral froid et brutal qui pourtant les empêche de produire ! Nous irons ainsi jusqu'au point de vue qui s'ouvre devant nous, à hauteur de Chantemerle lès Grignan qui nous permet de mieux nous orienter en découvrant les villages de Réauville, Valaurie, Roussas. Nous sommes aux limites de la Provence et si la végétation reste méditerranéenne, le paysage s'organise différemment. Peu à peu, les grands champs de lavande prennent une place prépondérante jusqu'à l'autoroute qui marque une frontière avec les terres rhodaniennes.
Une petite route va bientôt nous conduire vers ce qui sera notre destination principale, là où nous attend un spectacle original et inhabituel. Nous approchons en effet des crevasses de Chantemerle dont la partie supérieure que nous allons emprunter est aussi appelée « Sentier des Poètes ». C'est un paysage inhabituel que nous découvrons alors, sur ce sentier étroit qui surplombe le vide : une centaine de mètres plus bas, d'autres sentiers parcourent le bas des falaises dans un enchevêtrement de végétation qui masque de nombreuses cavités naturelles. Cette végétation dense et foisonnante donne un air surnaturel et mystérieux à ce lieu : des lutins ou des trolls vont-ils surgir devant nous et nous attirer dans les entrailles de ce monde mystérieux dont nous ne voyons qu'une toute petite partie ? Des mousses épaisses et moelleuses au vert tendre bordent le chemin et les amateurs de champignons y repèrent très vite de quoi faire une bonne omelette aux grisets. Ah, les belles assiettes que certains auront ce soir sur leur table ! Le serre-file dont la patience n'est jamais prise en défaut fera preuve d'une douce autorité pour inciter à resserrer les espaces. Virginie nous fait une démonstration de survie en grignotant un rhizome de scolopendre au goût sucré. Cette belle fougère vert sombre dont l'envers de la feuille est recouvert de sores de couleur jaune, tapisse le talus comme pourrait le faire une plante tropicale. Les parois abruptes et lisses des falaises se découpent par endroits en failles étroites et profondes d'où l'on aperçoit le sentier inférieur. L'une de ces falaises se dresse comme la proue d'un navire, dont l'étrave se fraierait un chemin dans la luxuriante végétation. C'est un spectacle splendide !
Georges nous précise que le séisme de 1774 aurait provoqué la cassure du plateau calcaire. Ce territoire original et méconnu que constituent les Plateaux du Rouvergue et de Clansayes, en Tricastin, fait partie, en effet, d'une zone où les séismes (de plus ou moins grande intensité) furent nombreux depuis plusieurs siècles. Il est donc vraisemblable que ces falaises et les crevasses qu'elles dissimulent aient pour origine ces fréquents tremblements de terre. En tout cas, en tant qu'automobilistes, nous passons régulièrement sur la route de Montélimar toute proche et aucun d'entre nous n'avait remarqué les parois qui, de loin, signalent un site méconnu. Cette belle matinée sans grosse dénivelée nous aura néanmoins ouvert l'appétit et un bel espace herbeux nous accueille, au soleil et à l'abri du vent, face à la montagne derrière laquelle les éoliennes, très présentes, s'agitent doucement et laissent pointer l'extrémité de leurs pales comme une grande roue de fête foraine.
Repus et joyeux, la troupe reprendra le chemin qui se poursuit par une large piste au milieu d'espaces à l'herbe maigre où paissent encore les troupeaux et de truffières : nous sommes ici au cœur d'une région de production de ces noires pépites et la capitale de la truffe, Richerenches, n'est pas bien loin. Tiens, le soleil devient bien timide, soudain ! Soyons optimistes ! Parvenus au Hameau des Homais, à hauteur d'une belle maison de pierre, engageons-nous sur un sentier en sous-bois, bien abrité... Mais alors, quel labyrinthe ! Georges a le secret de ces itinéraires improbables qui serpentent entre sentiers balisés et raccourcis réservés aux initiés. Les feuillus qui dominent ici sont habillés de lichens épais qui font contraste avec les couleurs d'automne et donnent à ces bois touffus un air mystérieux et surnaturel. Reportez-vous à la trace qui vous donnera toutefois une idée de notre périple : comme le Petit Poucet, nous aurions pu marquer notre trajet... Mais oui, vous avez raison, le Dieu Informatique a inventé le GPS pour les nuls en lecture de cartes. De virage en virage, alternant (petites) montées et (légères) descentes, nous arriverons à une ancienne carrière où subsistent des traces d'habitat troglodyte : des trous réguliers le long des parois pour recevoir des poutres attestent de cette présence humaine. Francis y trouve l'occasion de mettre en valeur sa stature aristocratique, dominant le site et les modestes Randouveziens admiratifs à ses pieds.
La randonnée se termine sur le sentier botanique. Curieuse trouvaille sur ce chemin, sur une branche morte, un champignon brillant comme des gouttes d'ambre attire l'œil averti des botanistes : il pourrait s'agir de claviaires jaunes ? Qui nous en dira le nom exact ? Nous arrivons bientôt au point de départ, à la chapelle, près de laquelle se déroule, en long tapis vert sombre, un champ de romarin. Nous aurons fait près de 16 Km pour une dénivelée de 360 mètres, ce n'est pas un record, c'est bien et nous aurons vu des paysages qui méritent un détour (comme le dit le guide Michelin)... Sans pluie !!!... Ou presque. Que Georges en soit remercié, même s'il n'a pas prévu la fermeture du bistrot de La Baume de Transit pour notre cérémonial de fin de journée.

G. Langlois

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