Le Barroux - Malaucène

 

 

Date :  29/05/2014 Difficulté :  Modérée
Accompagnateur :  H. Pagnier
Coordonnées UTM :
Participants : 30
Départ : 31T  0667907 4889240
Longueur : 20,4 km Pique Nique :
Dénivelée : 940 m Autres :
Carte IGN TOP 25 n° :  3040 ET
Position par rapport à Buis-les-Baronnies : 30 km SO

 

Commentaires techniques :

Néant.

Compte-rendu :

Au pied du château du Barroux, dont l'histoire est faite de nombreuses vicissitudes, incendié en 1944 par les Nazis, et dont la silhouette caractéristique est reconnaissable au loin à l'approche du village, 30 Randouveziens se sont rassemblés à l'invite de Henri pour une balade au fil des chapelles et lieux consacrés. Ce jeudi de l'Ascension est sans doute une journée où nous avons besoin de nous élever : pour les cyclistes nombreux sur les routes en ce long week-end, ce sera vers le sommet du Géant de Provence, pour nous, plus modestement (mais quand même !), ce seront les pistes et chemins autour de Malaucène. Le temps est propice pour profiter pleinement de cette sortie, la lumière du matin baigne déjà le parking où nous avons rendez-vous : alors, il n'y a pas de temps à perdre !
La première halte se fera au Lac de Paty, très fréquenté par les touristes en été. Nous y parviendrons en empruntant un petit sentier peu connu qui, après avoir traversé la route de Carpentras, monte en sous-bois avant d'atteindre de petites parcelles de vignes isolées, au vert tendre, dont les grappes naissantes sont à peine visibles. Le Lac de Paty, désormais lieu de loisirs, avec sa guinguette où se sont amusés certains Randouveziens, était un lieu important pour l'économie de la région. Le Révérend Père Marcel Morand fut à l'origine de la construction, en 1764-1766, du barrage qui permit d'irriguer les cultures de la région, avant la réalisation du Canal de Carpentras, et de faire fonctionner les quatre moulins du village. Aujourd'hui, les pêcheurs en ont fait un rendez-vous très prisé.
La traversée sur l'étroite passerelle permet d'observer, pour ceux qui ont l'œil averti, le vol des libellules parmi les herbes hautes qui bordent le lac. Une rapide escalade, offrant des perspectives vers le Château du Barroux, permet d'atteindre la Chapelle du Paty, située sur le territoire de la commune de Caromb. Cet édifice construit en 1756, à la place d'un ancien oratoire, par le curé du village, en remerciement d'un procès gagné par les propriétaires des terres, spoliés par la municipalité contre laquelle ils se battirent. Chaque année, deux processions viennent encore ici pour remercier Notre-Dame de la Victoire et Saint-Joseph de leur aide. Une source, à peine visible maintenant, se trouve à l'arrière de la chapelle.
L'ascension se poursuit par une piste caillouteuse d'où l'on aperçoit bientôt, en lointaine perspective, le sommet du Mont-Ventoux. La végétation y est typique de ce territoire méditerranéen, c'est la garrigue où les effluves de thym viennent caresser nos narines. A droite, bordant la riche plaine du Comtat, on peut distinguer les carrières d'ocre de Mormoiron. La piste devient sentier, serpentant entre buis, épineux, aliziers, amélanchiers... La pente progressive n'est pas très difficile, mais il faut être attentif aux pierres sur lesquelles le pied vient parfois buter, que l'érosion karstique a percé de curieux orifices leur donnant un air de gruyère minéral. Le souffle de vent de cette matinée apporte une douce fraîcheur. Il faudra donc trouver un endroit un peu protégé pour le pique-nique : c'est chose faite avant d'atteindre le sommet de la pente et chacun s'installe comme il peut en évitant les épineux agressifs.
Inutile d'insister sur la profusion des mets et breuvages servis : nous aurions une demande ingérable d'adhésions au sein de notre association préférée ! Projetons nous donc immédiatement sur la suite de la randonnée avec pour objectif la Chapelle de Piaud. Pour y parvenir, le chemin est encore long. Nous allons donc terminer notre montée avant de redescendre dans la Combe de l'Aze, puis d'aborder une courte mais sévère pente pour arriver à la route du Ventoux : c'est un dessert de choix pour nos organismes qui auraient pu s'endormir dans une douce torpeur ! Là, nous retrouvons nos amis cyclistes, l'œil fixe rivé sur la route, la langue traînant sur le bitume... Non, j'exagère : que les fondus de la pédale me pardonnent. Certains nous disent même un (petit) bonjour.
Quelques dizaines de mètres encore pour atteindre la chapelle, édifiée au XVIIème siècle, modeste à l'ombre des pins, devant laquelle trois croix symbolisent la Passion du Christ. Son nom aurait pour origine la racine latine pié ou pio (pieux). La pause est de courte durée, juste le temps de profiter du panorama sur Malaucène et ses environs, et la descente par le chemin de croix commence alors, prudemment. Là encore, il n'y a pas de difficultés mais la vigilance est de rigueur, juste assez pour vérifier que le nombre de croix est conforme à la tradition : inutile de dire que nos compteurs ne seront pas d'accord entre eux. L'arrivée sur la route se fait en douceur. Le sentier nous mènera alors à l'ancienne usine des Papeteries de Malaucène, désormais abandonnée, qui fit l'actualité du village et de la région ces toutes dernières années. La traversée de la cour bordée des bâtiments vides procure un sentiment peu agréable de gâchis car c'est un vrai savoir-faire qui a été perdu, alors que cette unité industrielle pouvait produire des papiers de haute technologie grâce aux propriétés uniques de l'eau du Groseau (du nom du dieu celte Graselos), jaillie des entrailles du Ventoux et plus précisément de la réserve unique de la Montagne de Piaud que nous venons de descendre. Un aqueduc construit par les Romains acheminait cette eau jusqu'à Vaison.
Après ce triste monument de l'économie d'aujourd'hui, ceux qui le souhaitent pourront aller voir, tout près d'ici, la Chapelle Notre-Dame du Groseau, seul vestige d'un ancien monastère dont la chapelle fut reconstruite en 1150. L'architecture très travaillée tranche avec la simplicité de la chapelle de Piaud. Le pape Clément V, premier pape avignonnais, venait s'y retirer régulièrement. Passant devant le « squelette » où sont affichés les noms des propriétaires successifs des Papeteries de Malaucène, nous allons amorcer notre chemin de retour vers Le Barroux, alternant passages sur le bitume et sentiers, avant de traverser à nouveau la route de Carpentras très fréquentée. Une fois franchi cet obstacle à risque, les petites routes menant au village s'avèreront plus agréables et propices aux bavardages. Quelques petits oratoires jalonnent le chemin. Nous pouvons bientôt découvrir les vastes bâtiments de l'Abbaye Notre-Dame de l'Annonciation, sobres et fonctionnels, témoignages d'une autre conception architecturale. En effet, ce monastère fut construit de 1986 à 2005 et, devenu abbaye, reçut la visite du futur pape Benoît XVI en 1995. Non loin d'ici, une autre abbaye, Sainte-Madeleine du Barroux, réunit une trentaine de moines attachés à la liturgie traditionnelle de l'Eglise latine : pour les profanes que nous sommes, ce monastère est réputé localement pour la qualité du pain qu'il produit et commercialise.
Aurons-nous pris au passage un peu de sacralité sur cette terre qui en semble imprégnée (il est vrai que le cadre superbe du Ventoux et des Dentelles de Montmirail qui encadrent ce petit coin de Provence s'y prête merveilleusement) ? En tout cas, nous allons plus prosaïquement rejoindre nos voitures non sans avoir pris le temps de regarder les vestiges de l'aqueduc à l'entrée du village, construit au XIXème siècle et restauré en 1997... Mais n'est-ce pas une vision soudaine du Malin qui surgit devant nous, en la personne d'une productrice de cerises de cet excellent cru du Barroux ? Nos Randouveziens ne sauront pas résister au péché de gourmandise à la vue de ces beaux fruits luisants... Puissent-ils en être absous ! Et comme un péché en entraîne souvent un autre, ils iront se délecter de potions mousseuses à Malaucène.
Que notre ami Henri soit remercié de cette randonnée agréable qui nous aura fait redécouvrir un territoire qui réserve encore quelques jolies surprises.
G. Langlois.

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