Le Tour du Mont Lusset

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Date : 08/11/2018  Difficulté : Difficile 
Accompagnateur : JP. Blanchet  Coordonnées UTM :
Participants : 11  Départ : 31T 662309 4929138 
Longueur : 17,7 km Pique Nique :
Dénivelée : 840 m Difficulté IBP index : 83 
Carte IGN TOP 25 n° :  3138 OT
Position par rapport à Buis-les-Baronnies : 31 km NNE 

 

Commentaires techniques :

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Compte-rendu :

Une belle journée d’automne, les vignes ne sont que vastes étendues d’or ponctuées de taches de sang. Les feuilles frissonnent sous un vent léger et l’on sent qu’un peu de froidure les fera choir inexorablement. Mais, ce matin, la température est encore clémente malgré les nuages gris, chargés de pluie, qui sont une menace pour notre groupe de 11 Randouvéziens. Quelques rayons de soleil nous auraient fait plaisir, mais Seigneur Phébus a sans doute décrété qu’il ferait une grasse matinée ou qu’il resterait sur sa couette de cumulus et cumulo-nimbus aujourd’hui. Qu’à cela ne tienne, luxe inouï, nous ferons notre balade sans lui, au milieu de cette divine toile que nous offre l’été indien, comme des personnages de Claude Monet. Jean-Pierre tiendra la palette et le pinceau… Non ! La boussole et la carte !

Nous avons laissé derrière nous les Baronnies provençales et nous sommes en limite du Pays de Dieulefit, terre de protestantisme et de Résistance (la Montagne de La Lance est toute proche), mais aussi terre d’accueil pendant et après la Deuxième Guerre Mondiale. Nous partirons du Hameau du Moulin, tout près du Lez dont le cours, alimenté par les dernières pluies abondantes, a beaucoup grossi. Ce torrent permit, en utilisant le canal du moulin, de créer une centrale hydro-électrique pour alimenter Dieulefit et Valréas. Elle fut mise en service le 25 Décembre 1888, ce qui expliquerait la légende selon laquelle Dieulefitois et Valréassiens croient encore au Père Noël.

Au-dessus-de nous, les ruines du château de Béconne, lieu idéal pour surveiller ce passage fréquenté, verrou entre Provence et Dauphiné, dressent encore quelques pans de murs.
En effet, s’il fallait un mot pour qualifier ce territoire, ce pourrait être celui de « transition »… entre deux provinces, mais aussi entre deux terroirs : d’un côté, lavandes, vignes et chênes truffiers, de l’autre, prairies et forêts. Notre périple d’aujourd’hui nous mènera essentiellement sur le versant dieulefitois. Suivant le GR9, que nous faillîmes perdre à cause d’un balisage défaillant (la mascotte des randonneurs, Suric@te, veillera à demander la correction du problème), le sentier qui nous mènera par le Col de Dieu-Grâce (650 mètres) puis le Col de La Ruche (600 mètres) nous fera découvrir une belle forêt de feuillus : chênes blancs, hêtres, châtaigniers. Nous n’aurons pas le loisir de nous arrêter pour cueillir des champignons, à l’instar de quelques adeptes de ce sport, protégeant des regards indiscrets le fruit de leur cueillette !

Pour agréable qu’il fût, notre sentier n’en fut pas moins sportif : Jean-Pierre avait veillé à nous préparer un itinéraire physique sous ces fraîches et humides frondaisons. De temps à autres, quelques gouttes de pluie s’annoncèrent, rien que pour nous faire peur : les dieux de la météo sont de doux farceurs. Les nuages accumulés dans la vallée nous masquaient le paysage vers Dieulefit, formant un coussin d’où émergeaient les montagnes environnantes de Montmirail et des Ventes au nord… Il en sera ainsi jusqu’à l’heure du pique-nique qui ne fut pas trop arrosé (de pluie) par la grâce d’un abri providentiel au Serre de turc. Nous sommes ici sur le territoire de la commune de Montjoux, dans un secteur résidentiel d’implantation récente, semble-t-il.

Nous rejoindrons le château de Montjoux après la pause, en longeant le ruisseau qui dévale dans le Ravin de la Combette. Bel édifice Renaissance, avec une imposante et élégante façade pourvue de fenêtres à meneaux, le château, construit à la fin du XVème siècle, saccagé par les Protestants en 1621, a passé la période révolutionnaire sans subir de graves dégâts… Devant le bâtiment, champs de vignes et de lavande s’étendent sur un vaste espace au milieu duquel coule le Lez, dominé par les montagnes environnantes au sud, où émerge la Montagne de La Lance. Au bout du Chemin de la Croisière, par le modeste Hameau de Barjol qui présente encore une jolie façade, on parvient au village de Montjoux après avoir traversé le Lez, impétueux et boueux aujourd’hui. De magnifiques bovins au pelage roux (Salers ou Cantal ?), nous regardent, impavides.

La traversée de ce village, pour rapide qu’elle fut, par la Rue du Lavoir puis la Rue des Catinoux est intéressante : de beaux linteaux de portes en accolade subsistent, la petite église Saint-Etienne (XIIIème)… C’est là que notre courte visite s’achèvera : nous n’avons pas vu un chat, et pourtant c’est à Montjoux que se retira et mourut l’un des Frères Jacques, François Soubeyran : «c’nest qu’le p’tit bout d’la queue du chat qui passait par là », chantaient-ils pourtant. Nous reprendrons par une longue piste notre itinéraire vers Les Catinoux. Lorsque la route Dieulefit-Valréas n’existait pas, sur cet itinéraire, passant par la Tour-Bâtie-La Lance puis le Col Imbert, se trouvait le péage de la Seigneurie de Montjoux.

Le versant Est de la Montagne de Lusset offre d’éclatantes couleurs d’automne. Nous remonterons à droite vers la tour, par une piste caillouteuse. Le bâtiment, ancienne « maison forte » du XIIIème siècle dominant le Ravin de la Rielle que nous venons de parcourir, est imposant mais harmonieux. Par une descente boueuse et glissante, La Baume Vachon au lieu-dit Le Péage et La Baume La Lance seront les étapes suivantes.

Le temps de choisir la meilleure option pour rejoindre Béconne, car l’heure s’avance, et nous terminerons notre périple sur des sentiers humides et collants… Les chaussures commencent à peser ! Nous rejoindrons au lieudit L’Etournelle, après une longue ligne droite, le GR9 que nous suivrons par un étroit sentier de crête jusqu’au vieux village de Béconne. Les ruines sont envahies de broussailles et les vieilles pierres recouvertes de mousse : difficile de bien distinguer l’organisation générale du village, si ce n’est l’imposante muraille au sortir de ce dédale de ruelles. La lumière du jour s’estompe peu à peu, la fatigue se fait sentir… Il est temps de rejoindre Le Moulin qui n’est plus très loin.

Voilà, c’est chose faite. Nos montures sont sagement alignées à l’écart du hameau. Nous avons conjuré une météo peu engageante, nous avons les yeux pleins de ces chaudes couleurs que la nature nous a offertes et il ne nous reste qu’à remercier Jean-Pierre de nous avoir ramenés à notre point de départ et, surtout, de nous avoir proposé cette belle sortie au Pays de Dieulefit.

Gérard Langlois.

 

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