Vieux Mérindol

 

Date : 03/03/2022  Difficulté : Rando Santé 
Accompagnateur : G. Langlois 
Coordonnées UTM :
Participants : 19  Départ : 31T 0674055 4904858 
Longueur : 6,6 km Pique Nique : 31T 0673399 4905168 
Dénivelée : 280 m Difficulté IBP index : 37 
Carte IGN TOP 25 n° :
3140 ET 
Position par rapport à Buis-les-Baronnies : 11 km Ouest 

 

Commentaires techniques :

 

Compte-rendu :

Nous nous sommes donné rendez-vous au Col de Propiac pour une boucle dans les bois de Mérindol les Oliviers. C’est un territoire dont la richesse géologique est assez remarquable. Nous allons en découvrir quelques aspects aujourd’hui, sous la conduite de Sasha et Monique. Nous nous dirigeons vers le vieux village de Mérindol. Au moment de quitter la petite route, un beau chien de berger nous attend pour nous souhaiter sans doute la bienvenue : il nous accompagnera pendant une bonne partie de notre périple.

La piste que nous allons emprunter maintenant offre de belles perspectives vers la Baume Noire, le Col de Milmandre et la Pousterle, au-dessus du village de Beauvoisin. C’est un panorama remarquable sur ce que sont les premiers reliefs des Baronnies Occidentales : nous sommes ici aux confins du massif des Baronnies et du Haut-Comtat, à la « frontière » entre Drôme et Vaucluse. La lumière de ce début d’après-midi éclaire le paysage. Au fur et à mesure de notre progression, nous allons pouvoir découvrir ce versant où se niche, en contrebas, le petit village de Propiac qui fut une station thermale, en activité jusqu’au début des années 1990.

En effet, le sous-sol complexe renferme des richesses qui ont sculpté le paysage et qui expliquent la teinte ocre, veinée de blanc, que l’on retrouve tout au long de notre chemin et qui est particulièrement visible lorsque l’on prend la route du Col de Propiac en venant du village… Nos amis buxois ont dû s’en rendre compte en venant nous rejoindre. Au niveau de la Ferme du Salin, une source est encore visible et certains viennent s’y approvisionner. L’eau, au goût si particulier, en possède des vertus qui « paraissent convenir aux congestions biliaires, aux obstructions, aux paralysies partielles, aux douleurs rhumatismales et aux vieux ulcères… »(1) . Dès le XVIIIème siècle, un médecin buxois, le Docteur Jean-François Nicolas, en fit l’éloge. Un peu plus loin, de notre balcon, nous apercevrons le restaurant Plantevin très fréquenté par les anciens curistes, dit-on, et l’hôtel thermal, vaste bâtisse aujourd’hui abandonnée et ouverte à tous les vents, qui vit passer quelques célébrités, nous disent les anciens du village. Tout à côté de l’hôtel fonctionne encore une station d’embouteillage pour cette eau minérale commercialisée sous le nom de « La Française ».

En contrebas de la piste, au bord de l’Aiguemarse, se niche le village de Bénivay-Ollon dont nous n’apercevrons que quelques maisons. Ce village eut son heure de gloire à la grande époque du tilleul des Baronnies : c’était l’un des meilleurs tilleuls récoltés dans la région, très recherché par les connaisseurs. Nous parviendrons ainsi au Col des Mines, une petite halte s’y impose pour se rafraîchir mais aussi pour s’interroger sur la signification de ce lieudit, car nous n’y apercevons pas de mines… et pourtant ! Comme il est dit plus haut, la richesse géologique des terrains de ce secteur explique non seulement le thermalisme mais aussi un sous-sol recelant de nombreux minerais, en quantité limitée, sans aucun doute, mais qui furent exploités notamment au XIXème siècle. On y trouvait tout particulièrement du plomb, de la galène et de l’argent mais aussi du cuivre, du gypse dont on retrouve la trace dans la toponymie de certains lieux (Les Gipières, par exemple, non loin d’ici). A quelques centaines de mètres du col, au lieudit L’Auzière, étaient extraits des ocres et des minerais de zinc(2).

Pourquoi cette abondance de ressources minérales ? Les géologues nous en donnent l’explication par référence au « diapir » de Propiac. Mais qu’est-ce donc que ce diapir ? Masses magmatiques venues des profondeurs, plus légères que les autres roches, très chargées en minéraux, les diapirs ont surgi en surface de l’écorce terrestre et créé ces gisements de minéraux et de sels divers et nombreux(3) . Sur le territoire de Bénivay-Ollon, les vestiges d’une ancienne mine de plomb et d’argent est encore visible ; près de la Ferme du Salin, déjà citée, une petite mine de plomb aurait été exploitée au XIXème siècle… Mention est faite de ces gisements dans divers documents(4) .

Notre progression reprend alors en direction du Pas de Chauvet, dans les bois de Mérindol. La piste maintenant plus ombragée devient sentier. Notre compagnon de route semble nous avoir abandonnés afin de rejoindre vraisemblablement l’enclos qu’il avait déserté pour nous tenir compagnie. Nous sommes en limite des communes de Mérindol les Oliviers et de Puyméras. La large piste que nous allons rejoindre va nous ramener à nouveau vers le vieux village de Mérindol avec, en perspective, le clocher-mur l’église de l’ancien village. Nous trouverons, tout près de l’ancien cimetière, une table et des bancs accueillants pour la traditionnelle pause collation. Par-dessus le muret d’enceinte, on peut apercevoir quelques tombes anciennes, envahies par les herbes et quelques fleurs qui percent déjà. Ce cimetière n’est plus qu’un vestige du village primitif abandonné au XVIIème siècle.

La pause terminée, les plus courageux d’entre nous iront jusqu’à l’entrée du donjon, restauré par un courageux passionné, le seul témoignage de ce qui fut le château, détruit en 1633 comme le furent de nombreuses places fortes sur ordre de Richelieu. Un travail remarquable pour cet édifice dont la situation est exceptionnelle face au Mont Ventoux. Il nous restera à reprendre le chemin du retour en faisant un crochet par le Chemin Vieux de Valence qui mène au Vieux Village dont les dernières maisons sont désormais des résidences secondaires dominées par l’ancienne Chapelle Saint-Martin. Nous en avions déjà aperçu le clocher peu avant l’arrivée au cimetière.

Le retour vers le Col de Propiac se fera par le Sentier de Mérindol les Oliviers, aménagé en balcon avec une vue dégagée sur les villages de Mérindol, Faucon, Puyméras et, en arrière-plan, Vaison la Romaine et Le Crestet. Dommage que la brume de l’après-midi en limite la luminosité ! En levant les yeux, l’autre facette du donjon nous retient par la beauté de sa pierre ocre, dont le soleil déclinant exhausse encore la couleur. Les restes des murs en restanque qui bordent le sentier sont aussi les témoignages du travail des hommes pour aménager ce chemin vital pour les échanges économiques entre les hameaux et les villages sous l’Ancien Régime.

Voilà, nous y sommes, dernières paroles avant de nous quitter et de repartir vers Buis ou Vaison la Romaine. Le Col de Propiac, peu fréquenté en cette fin de journée, sera le cadre dans quelques jours d’une course de côte automobile qui viendra faire trembler sans doute cette douce atmosphère !... Avis aux amateurs.
Merci à Sasha, Monique et Georges de nous avoir accompagnés en cette belle après-midi.

Gérard Langlois.

(1) Christian Montenat, «Baronnies Provençales, Des terrains, des paysages et des hommes», OMNISCIENCE 2013, pages 161 à 166, qui cite Nicolas Delacroix, « Statistique du Département de la Drôme », 1817.
(2) Cf. Diagnostic territorial du Projet de Parc Naturel Régional des Baronnies Provençales, Juin 2010.
(3) Pour plus d’explications sur la nature du diapir, voir également l’ouvrage de Christian Montenat, déjà cité, page 163.
(4) Par exemple, Annales des Mines, 1901 – Statistique Minéralogique du Département de la Drôme, 1835 - Bulletin de la Société Géologique de France, 1844-1845…